Que retenir de la controverse climatique ? Sans doute sa dimension globale. Malgré les réticences de certains, cette question est bel et bien un débat public où science, politique et société se croisent et s’entremêlent, où les acteurs ont le plus souvent plusieurs casquettes.

Par un joli hasard, nous sommes allés interviewer Valérie Masson-Delmotte dans son laboratoire à Orsay – le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement – une semaine avant la diffusion de l’appel des climatologues (devenu par déformation « la pétition des climatologues »).
En nous parlant de la tension qui régnait dans les labos suite aux « attaques » contre le GIEC, il était possible de palper les balbutiements de cette communauté qui se cherche. De l’avis de l’intéressée, les scientifiques qui travaillent sur le système climatique sont dispersés et le seul organe qui les rassemble se trouve être une institution politique (le GIEC).
Au sujet de cette « jeunesse » de la climatologie, un personnage atypique se démarque : Benoit Rittaud. Détaché des débats strictement scientifiques sur le climat, peu à l’aise dans les discussions en public, c’est l’un des néo climato-sceptiques les plus originaux à qui l’on doit des réflexions sur la notion de pseudo-science rassemblées dans un ouvrage : Le mythe climatique.
Selon lui, science est « pseudo-science » lorsque se mélangent le sujet (qui étudie) et l’objet (qui est étudié). Exemple canonique : l’étude du ciel qui a longtemps été pseudo-science (avec l’astrologie) jusqu’à la révolution conceptuelle initiée par Galilée et l’invention de l’astronomie.
Transposé au cas de la climatologie, il fait le constat que des scientifiques du climat (et pas que) utilisent le système climatique pour en dériver un discours sur les sociétés humaines. Il n’hésite pas à dire que « le discours scientifique est réapproprié pour en faire un discours sur nous-même ».
Les débats qui agitent le milieu de la climatologie seraient donc la preuve que cette « science » – que Benoit Rittaud rebaptise « climatomancie » – est encore trop jeune pour arriver à séparer l’objet (le climat) et le sujet (l’homme). Un discours de nature philosophique qui fait bondir la plupart des scientifiques concernées (étiquetés « astrologues des temps modernes » !).

Quelles perspectives au débat ? Aujourd’hui, nous en sommes à une « guerre de tranchés » où chacun reste campé sur ses positions. Ce qui nous a frappe en confrontant nos rencontres avec messieurs Courtillot et Le Treut, c’est l’absence de confiance réciproque des uns et des autres. Si on demande à Vincent Courtillot ce qu’il pense du dernier rapport du GIEC, il répond qu’il ne l’a pas lu en détail. Inversement, Hervé Le Treut n’a pas lu in extenso les publications de l’équipe de l’IPGP.
La pétition des climatologues représente l’expression ultime de cette « guerre de position ». Les chercheurs en science du climat demandent à leurs institutions de réitérer leur légitimité aux yeux de tous. Ils demandent aux instances politiques de soutenir leur démarche de scientifique. Tout le monde exige un débat scientifique… sans que les choses avancent d’un poil. Pour le meilleur ?
L’histoire nous montre en effet que les grosses controverses ont été l’occasion d’avancées scientifiques majeures, comme aura eu l’occasion de nous le rappeler Girolamo Ramunni lors d’un bar des sciences organisé cet été en amont du Festival Paris Montagne sur le thème de l’erreur.
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Dans le domaine de la physique, on a en tête la célèbre opposition entre Huygens et Newton sur de la nature de la lumière : le premier était convaincu qu’il s’agit d’une onde, le second, que cela ne pouvait pas ne pas être un flux de particules… Que de papiers et de débats pour en arriver à la conclusion, avec l’avènement de la physique quantique au début du XXe siècle, que la lumière pouvait être… les deux ! Onde ET particule. Signe que lorsque deux « camps » s’affrontent sur le terrain de la connaissance, il faut parfois attendre une tierce théorie qui dépasse les précédentes.
Actuellement, et nous avons pu le constater lors d’un séminaire du centre Koyré sur le changement climatique, certains chercheurs du LMD commencent à reconnaître que les travaux engagés par Vincent Courtillot posent des questions pertinentes qui les obligent à reconsidérer certains aspects de leurs modèles. Une main tendue venant d’un camp comme de l’autre n’est donc pas à exclure…
Science Publique: Vincent Courtillot
envoyé par franceculture. – Vidéos des dernières découvertes scientifiques.
Sur le plan scientifique, c’est peut-être un nouvelle science de la Terre qui est en train de naître, à l’interface entre les sciences de la terre interne et les sciences des enveloppes externes, au carrefour de la puissante ingénieure informatique et de la récolte méticuleuse de données sur le terrain.
Au delà, c’est une nouvelle manière de réfléchir les controverses qui semble pénétrer l’espace public, sous l’impulsion de (jeunes) chercheurs qui travaillent aux interfaces science-politique-société. Des aides à penser incontournables dès lors que l’expertise des scientifiques est engagée.
Images CC Flickr : Mykl Roventine, wwf_france et meeblax





