« L’affaire Courtillot » commence fin 2006. Depuis, elle n’a de cesse de revenir dans la bouche des uns et des autres comme si elle ne s’était jamais terminée. Une « querelle » entre scientifiques comme il en existe souvent… Sauf que dans le domaine du changement climatique, tout devient hors norme en raison des dimensions sociales et politiques de la question.
Pour le lecteur avide de saisir ce qui est arrivé – Sylvestre Huet donne une version (personnelle) des événements – ce billet se permet un petit compte-rendu des faits à la lumière des rencontres effectuées ainsi que des événements qui ont eu lieux depuis.

Il faut remonter en 2005 pour voir une première publication dans la revue Earth and Planetary Science Letters (EPSL) de Jean-Louis Le Mouel, Vladimir Kossobokov et Vincent Courtillot sur les variations du champ magnétique et leur influence sur le climat. Un papier qui passe relativement inaperçu.
Fin décembre 2006 : nouvelle publication de Vincent Courtillot et ses collaborateurs (avec le paléo-climatologue de l’IPGP Frédéric Fluteau). Cette fois, deux chercheurs reconnus dans la communauté des sciences du climat, Edouard Bard et Gilles Delaygue, montent au créneau en publiant un commentaire.
Dans le processus normal de publication, un tel commentaire est élaboré puis soumis au comité de relecture de la revue avant sa publication. Les auteurs en sont informés, une épreuve leur est envoyée et, s’ils ne sont pas d’accord, ils peuvent réfuter l’argumentaire du commentaire en utilisant un droit de réponse qui n’est pas soumis à la relecture.
Selon un proche de l’affaire, la version publiée du commentaire est légèrement différente de celle reçue par l’équipe de Vincent Courtillot… Elle comporte notamment une « note ajoutée aux épreuves » qui change tout ou presque puisque Vincent Courtillot, « furieux », se voit contraint de changer sa réponse au dernier moment pour qu’elle corresponde au commentaire (1).
Inversement, la publication de la réponse de Courtillot et la disparition un mois plus tard de la « note ajoutée aux épreuves » déclenche la « fureur » de Bard et Delaygue !! Sans « recours scientifique », ils ne peuvent toutefois rebondir… jusqu’au mois de mars 2007 avec le débat qui s’amorce à l’Académie des Sciences et qui va se transformer en tempête.

Octobre 2007: le commentaire et sa réponse sont publiés. Et le 18 décembre 2007, le chercheur Raymond Pierrehumbert publie (en anglais et en français) sur le blog américain Real Climate la 2ème partie d’un billet intitulé « Les chevaliers de l’ordre de la Terre plate » dans lequel il relève chaque « erreur » effectuée dans la publication sur la base du commentaire de Bard et Delaygue
Le ton alterne entre la polémique – « Je-m’en-foutisme et ignorance, est l’interprétation de loin la plus charitable que l’on puisse apporter à cet ensemble. » – et l’inquisition. Vincent Courtillot et ses collègues se voient en effet ouvertement accusés de fraude scientifique, une accusation sévère qui marque, d’une certaine façon, le « point Godwin » du débat scientifique.
Le lendemain, les journalistes scientifiques Sylvestre Huet et Stéphane Foucart se saisissent de l’affaire en publiant respectivement un article dans Libération et Le Monde : la polémique sort des frontières de la communauté scientifique et affecte la petite équipe de l’IPGP (en particulier Jean-Louis Le Mouël dont l’intégrité scientifique fait l’unanimité).
Vincent Courtillot réagit immédiatement en exigeant un droit de réponse. Ce droit lui est accordé… mais sa tribune dans Le Monde est émaillée de remarques et commentaires écrits par le service sciences. Le séminaire qu’il donne au même moment à l’IPGP donne l’impression d’un décalage entre le débat « scientifico-médiatique » et le débat scientifique.
La joute s’arrête là mais il en résulte inévitablement un sentiment de défiance des uns envers les autres dont témoignent les conversations extrêmement tendues entre les protagonistes de l’affaire (Vincent Courtillot, Edouard Bard, Phil Jones, Jean Jouzel, la médiatrice du quotidien Le Monde…). Des conversations – piratées lors du Climategate – qui illustrent combien la science est aussi constituée de relations de connivence et de rapports de force entre différents groupes d’acteurs (2).
Notes :
(1) Voir ici la version du blog Real Climate.
(2) Dans sa thèse (page 133), Benoît Urgelli évoque notamment un « jeu » d’alliance entre des journalistes de l’AJSPI et des scientifiques proches de l’expertise officielle du GIEC (voir ici ou ici). Il montre que « des débat et des prises de position sur l’éthique journaliste et scientifique se structurent. Grâce à la mobilisation d’un réseau d’alliance entre acteurs, il s’agit de reconstruire des barrières éthiques (…) en définissant ce qui est science et ce qui ne l’est pas. »
Images CC Fickr : ∼Aphrodite et aaipodpics






Jean Philippe Girard le 08 octobre 2010 à 09:15
Trop de temps perdu en polémiques .. Le changements est déjà là, visible par toute personne qui a observé la nature pendant une vingtaine d’années.. Ils feraient mieux de bosser à trouver des solutions plutôt que de chercher à faire leurs promotions .. grrrrr
Otablo le 08 octobre 2010 à 13:23
Je ne parlerai pas de polémique mais de débat. Et il est salutaire que ce débat ait lieu.
Pour l’avoir écouté dans plusieurs émissions, la position de Courtillot me semble plus que raisonnable. Il ne rejète pas en bloc la thèse réchauffiste mais rappelle quelques principes de bon sens, notamment le fait que le consensus en science ne vaut pas vérité, et que l’impact du soleil est sous estimé dans les modèles du Giec. Par ailleurs je crois qu’il faut arrêter de considérer les climato-sceptique comme des anti-écolos. La question n’est pas de savoir s’il faut agir mais où doivent être les priorités.