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Une énième enquête sur le climat ?

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Ouvrez un journal, allumez la télévision : vous entendrez forcément parler du climat ! Parfois, vous pourrez même tomber sur un débat qui oppose un « gentil » climatologue à un « méchant » climato-sceptique : le premier oeuvrant pour le bien de l’humanité, le second pour le compte des lobbys pétroliers… Une bien jolie caricature qui cache l’essentiel. À savoir que le climat est un véritable « problème public  » qui engage toutes les forces vives de notre société.

Depuis mon billet en mai dernier, il m’a fallu du temps pour finaliser l’enquête menée en compagnie de Nicolas Loubet. En contact étroit avec des jeunes chercheurs en sociologie – Marine Soichot (dans les musées), Jean-Baptiste Comby (dans les médias) et Benoit Urgelli (à l’école) – nous avons choisi de nous concentrer sur les processus sociaux, souvent implicites et inconscients, à l’œuvre dans la controverse climatique, celle qui oppose grossièrement « carbocentristes » et « climato-sceptiques ».

Pour moi, cette histoire commence au mois de janvier 2008. À l’occasion d’un cours de première année du master de journalisme scientifique de Paris-VII, Dominique Chouchan, alors intervenante, interpelle l’assistance : « J’espère que vous suivez ce qu’il se passe en ce moment entre deux grands scientifiques ! ».

De qui parle-t-elle ? De messieurs Edouard Bard et Vincent Courtillot. Une fois n’est pas coutume, leur débat scientifique s’étale (violemment) dans les colonnes de nos quotidiens nationaux (Le Monde, Libération, Le Figaro). Malgré la verve de mon professeur, je n’approfondis pas l’information… Mais cela conforte mon envie de faire du climat l’une de mes spécialités.

L’année suivante, je fais la connaissance de Nicolas Loubet, tout juste venu suivre les cours d’histoire des sciences de Baudouin Jurdant dans ce même cursus. Diplômé d’un master recherche en géophysique à l’Institut de Physique du Globe de Paris, il participe alors au lancement d’une agence de communication des sciences.

Un jour, à l’issue d’un cours sur les paradigmes scientifiques, il expose l’idée selon laquelle « l’affaire Bard-Courtillot » pourrait être l’expression d’une différence de « culture épistémique » (1) plus fondamentale entre géophysiciens de la terre interne (e.g. à l’IPGP) et modélisateurs du climat (e.g. au LMD). D’où une représentation incomplète du problème dans les rapports du GIEC…

Tout s’accélère quelques mois plus tard lorsque, diplôme en poche je retrouve Nicolas ainsi que trois collègues et amis journalistes (Marion Sabourdy, Henri Jautrou, Audrey De Santis) pour travailler sur le lancement de Knowtex, un projet de réseau social dédié à la culture scientifique technique.

Notre envie « d’innover » sur le terrain des blogs de journalistes nous fait rencontrer Marine Soichot, qui réalise une thèse au Muséum National d’Histoire Naturelle sur le traitement de la controverse climatique dans les musées et centres de science. Mais c’est aussi la rédactrice en chef du jeune média Pris(m)e de tête, à la recherche de nouveaux contributeurs !

Marine me fait découvrir les travaux des chercheurs en sciences sociales Jean-Baptiste Comby, Benoit Urgelli, Hélène Guillemot, Amy Dahan… De véritables pépites qui servent d’électrochoc. De quoi lancer immédiatement une première enquête made in Pris(m)e de tête, à l’interface du journalisme scientifique et du journalisme politique, inspirée par la sociologie des controverses.

Les périples à Lyon et Orsay pour rencontrer Benoit Urgelli et Valérie Masson-Delmotte, les rencontres de Vincent Courtillot et Hervé Le Treut (entre autres), les longues discussions avec les un(es) et les autres… Tout s’enchaine rapidement jusqu’à ce 20 septembre 2010, date à laquelle a lieu un débat à l’Académie des Sciences, malheureusement à huis clos, tandis qu’en même temps se tient un colloque organisé par Jean Baptiste Comby, Hélène Guillemot et Stefan Aykut sur la médiatisation des controverses climatiques dans différents pays d’Europe que je m’en vais couvrir. Comme un aboutissement.

Après une longue réflexion sur la façon de retranscrire les informations et les témoignages que nous avons glanés, voici finalement une dizaine de billets conçus comme autant de chapitres d’une histoire consacrée à l’évolution de la controverse climatique en France. En vous souhaitant bonne lecture… Et que les réactions pleuvent !

Notes :

(1) Mise en avant par l’anthropologue des sciences Karin Knorr-Cetina, la notion de « culture épistémique » prolonge celle de paradigme dans sa volonté de tenir ensemble les dimensions cognitives (théories et modes de raisonnement), techniques (problèmesjugés pertinents et dispositifs empiriques) et sociales de l’activité scientifique.

Images CC Flickr : kanjiroushi et Bloss68

Classé dans Climat Enquêtes

1 commentaire

  1. Densha le 20 septembre 2010 à 20:49

    L’intro, c’est fait, maintenant … 10 billets à suivre ! vivement la suite alors ;)

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